dimanche 29 juin 2008

Rance télévision

2006_05_30_France_Television

Décidément, le titre de l’album de Carla Bruni-Sarkozy sied à merveille à ce qui se passe dans le PAF. Comme si de rien n’était, la chaîne du parrain du fils d’un certain Nicolas Sarkozy offrira le 11 juillet prochain sa grand-messe à la première dame de France pour qu’elle présente Comme si de rien n’était. C’est dans le besoin qu’on reconnaît ses amis. TF1 est à la peine, au point que Jean-Claude Dassier, le patron de l’info, est contraint d’expliquer dans le Monde qu’il n’y a « ni plan social ni guichet de départs » de prévu et d’assurer que Sarkozy n’est pas derrière l’éviction de PPDA. Mais, échange de bons procédés, Carla, ça peut booster l’audience de la Une et la cote de l’autre. Et, comme si de rien n’était, ce président, non content de multiplier les cadeaux en faveur de ses amis du privé (la seconde coupure du pub et l’assouplissement des règles les régissant représentent 400 millions d’euros !), veut mettre la main sur la seule composante qu’il ne contrôlait pas (ou alors, imparfaitement) : l’audiovisuel public. En matant un Copé dont il a démonté les propositions, Sarkozy veut mettre la télé publique à terre et sous sa coupe. Ainsi, le patron de France Télévisions sera nommé non par le conseil d’administration du groupe, mais par l’exécutif. En clair, par Sarkozy.

Face au tollé, comme si de rien n’était, la ministre de la Culture (celle qui présentera la refonte de l’audiovisuel à la rentrée, elle qui, le jour de l’annonce de la suppression de la pub par Sarkozy, négociait les possibilités pour Radio France d’en avoir plus), assure qu’« il n’y a aucun risque de reprise en main », qu’il est « logique que l’État, actionnaire à 100 %, nomme le dirigeant [de France Télévisions] et que ce soit contrôlé par le CSA et par le Parlement ». Et de marteler qu’il y a « une grande ambition pour le service public ». La grande ambition, c’est de le maintenir sous perfusion. Quand bien même une dotation en capital de 150 millions d’euros au titre de la suppression de la pub doit être versée cette année, la pub a déjà plongé de 26 % sur France Télévisions, qui, en prévision, a demandé l’autorisation d’un découvert, le déficit attendu pouvant être de plusieurs centaines de millions d’euros. Pire ! En demandant la suppression de la pub après 20 heures dès le 1er janvier 2009 (et non comme Copé en septembre 2009), il ne fait qu’aggraver la situation, les programmes de remplacement n’étant ni prêts ni financés !

Qu’importe. Pour Sarkozy, n’évoquant même pas l’indexation de la redevance sur l’inflation et balayant d’un revers de main l’affectation à France Télévisions de celle sur les fréquences radioélectriques, comme la part qui allait à l’INA et à RFI, veut faire payer les chaînes privées (3 % sur leurs futures recettes publicitaires supplémentaires, soit 80 millions d’euros) comme les opérateurs télécom et les fournisseurs d’accès à Internet (378 millions d’euros, issus d’une taxe de 0,9 % sur leur chiffre d’affaires). Comme s’il n’y avait aucun risque que l’Europe ne s’y oppose et comme si ni les chaînes privées ni les opérateurs télécom n’avaient prévenu qu’ils feront tout pour s’y opposer. Et qu’au final ce sont les Français qui paieront. Comme si de rien n’était, Copé aura fait la fête, les membres de la commission, les ardents défenseurs d’une réforme qui leur échappe et Patrick de Carolis sa panoplie de serviteur zélé d’un chef de l’État qui, s’il ne l’a pas encore démis, le met un peu plus… sous tutelle.

Pourtant, est-ce par hasard, a-t-on appris auprès du SNJ, si « à France 2 est en projet la mise en place d’une cellule pour gérer le stress et les tensions psychosociales » ? De plus, hier s’est tenue une réunion pour préparer le comité de groupe qui, mardi, examinera les « conséquences pour le groupe » des annonces sarkozyennes.

Or, pour Marc Chauvelot, du SNRT CGT, « rien de ce qu’il propose ne tient debout. Économiquement d’abord : 450 millions d’euros, sous réserve que les privés et l’Europe donnent leur aval, c’est moins de la moitié de ce que représente la suppression de la pub. Éditorialement ensuite : supprimer la pub après 20 heures, ça veut dire qu’en journée va falloir faire M6 pour attirer la pub et le soir Arte ! Quant aux 140 millions d’économies, un salarié moyen coûtant 60 000 euros (hors licenciement), ça veut dire 2 000 postes en moins. Sachant qu’il y aura 1 000 départs en retraite, il va falloir tailler dans les effectifs. Alors que, dans le même temps, les tâches vont se multiplier ». Et Jean-François Téaldi, du SNJ CGT, d’ajouter : « Les consultations avec Albanel vont commencer dès la semaine prochaine. La mobilisation va donc commencer dès maintenant, tant du côté des parlementaires qu’auprès de l’Europe. » Car, in fine, il est hors de question de faire comme si de rien n’était. En attendant, Nicolas Sarkozy sera l’invité du 19-20 le 30 juin. Comme s’il était déjà chez lui…

Sébastien Homer

Posté par LG LAGAUCHE à 22:35 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

Commentaires sur Rance télévision

Poster un commentaire