jeudi 23 février 2012

Sarkozy: la dernière journée du président des Riches

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Donc il est candidat. Quelle surprise ! La journée fut curieuse. Nous fûmes déçus. Le suspense était faible, et donc on attendait des « mesures fortes ». Mais le soir à 210 heures et quelques minutes, le candidat sortant n'avait pas grand chose à dire. Il était même aisément contredit.
Adorait-il les référendums pour « débloquer » la France ? Que n'avait-il tenté la chose sur quelques mesures phares et rares de son quinquennat comme la réforme des retraites (imprévue) ou la TVA sociale ? Après tout, ni l'une ni l'autre n'était prévu dans son programme de 2007... Et l'une Et l'autre ont suscité de larges blocages et indignations.
Finalement, en quelques minutes, on s'interroge: mais qui donc allait décider du sujet des référendums ?
Interrogé sur la valeur de son intervention, votre serviteur dut répondre, très sincèrement: « Nul ».
Très sincèrement.


Le premier recul
Il «  improvise largement », une jolie formule d'Arnaud Leparmentier pour dire qu'il navigue à vue. Mardi, lors d'un déplacement en Isère dans une entreprise de matériel photvoltaïque, le Monarque a fait volte-face sur l'une des ses propositions phare du weekend, le référendum sur l'indemnisation des chômeurs. 
 
En Isère, il n'évoqua plus qu'une une consultation sur « le droit à la formation à tout âge ». Il fait mine de ne pas avoir changé d'avis, mais c'est carrément une volte-face.
 
Sur TF1, le candidat sortant fut interrogéb sur le sujet par Laurence Ferrari. On eut quelque peine à comprendre. Ce n'était plus aussi violent que le weekend dernier dans son interview au FigMag. ll n'était plus question (ou pas ?) de sanctionner les chômeurs récalcitrants
Ou pas. 
 
Sarkozy bafouilla. Il cita le sauvetage de Lejaby, sans mentionner l'intervention de son ami Arnault, pour justifier son référendum. Nous étions perdu: « le premier portera sur la question du chômage, de son indemnisation, et de la formation des chômeurs ». Ou encore « Je veux que l'on protège les chômeurs en les indemnisant, mais surtout en leur donnant les moyens d'exercer un nouveau métier.»
 
Le premier Tweet
Mercredi, dernière journée d'hypocrisie présidentielle, le candidat sortant se fit créer un compte Twitter, quelque part vers 8h15 du matin: « Bonjour à tous, je suis très heureux de lancer aujourd’hui mon compte #Twitter. Merci à ceux qui voudront bien me suivre! ». Quelque 2.000 comptes fictifs avaient été créés pour rapidement gonfler la liste de « followers ». D'autres milliers, et parfois les mêmes, n'avaient pas eu le temps de personnaliser leur compte. C'était drôle, presque touchant. Le maître d'ouvrage de Loppsi II était tombé dans Twitter.
 
Pour son second tweet, le candidat sortant se fichait carrément de nous: « J’ai accepté l’invitation de TF1 au journal de 20h de ce soir et je vous y donne rendez-vous - NS ». 
 
Un peu plus tard, on nous expliqua que ce compte n'était qu'en fait que propagande. Seuls les tweets conclus par cet énigmatique NS étaient vraiment écrits par le candidat sortant.
 
Sur Facebook, le candidat sortant s'était concocté une « page morte », un machin publi-rédactionel qui n'accepte aucun commentaire, pas même positif. Un vrai désert social.
 
Les inquiétudes
Discrètement, son directeur de cabinet, Christian Frémont, avait pris contact avec la Commission des comptes de campagne. Il envisage de réintégrer certains frais de déplacements du Monarque. 
 
La saisie de la dite Commission par l'équipe de campagne de François Hollande a fini par inquiéter le Palais.
 
Le Couac
Quelques minutes plus tard, premier couac de campagne, et gros stress à l'UMP. Dans une video diffusée par un site chrétien, le député UMP du Nord Christian Vanneste, héraut de la Droite Populaire, estimait que la déportation des homosexuels par les nazis était une « légende ». « En Allemagne, il y a eu la répression des homosexuels et la déportation qui a conduit à à peu près 30 000 déportés, (...) il n'y en a pas eu ailleurs. Et notamment en dehors des trois départements annexés, il n'y a pas eu de déportation des homosexuels en France.»
 
Immédiatement, ce fut le tollé. Au sein de l'état-major du candidat Sarkozy, on trembla. Ce dérapage révisionniste et homophobe était en passe d'occulter l'annonce du candidat sortant. Un à un, tous les ténors de l'UMP et de l'équipe de campagne de Nicolas Sarkozy
 fustigèrent les propos de leur collègue. En fin de matinée, l'UMP annonçait des sanctions, et voire une possible exclusion. « Et ils se rendirent compte que Vanneste était homophobe
»...
 
Le slogan
Ce sera « la France forte », concoctée par une agence publicitaire. Un site existait déjà, un blog d'artisan. L'équipe élyséenne n'avait pas pensé à le racheter. 
 
Plus tard sur TF1, Nicolas Sarkozy répéta 7 fois so,,n slogan. 
 
Il y avait pire, le slogan était aussi celui de Valéry Giscard d'Estaing, président sortant, entre les deux tours de l'élection présidentielle de 1981.
 
L'autre couac
La veille, l'équipe de campagne du candidat sortant s'inquiétait de ne plus mettre la main sur les archives des promesses et déclarations de 2007. Le déménagement du siège de l'UMP en 2011 est en cause. On se souvient que l'UMP avait discrètement effacé de son site l'abécédaire des promesses du candidat de 2007. Un abécédaire rapidement conservé, archivé et enrichi par quelques blogueurs vigilants. 
 
 Sylvain Lapoix, pour Owni, résuma l'angoisse élyséenne: « Selon un témoin des bureaux politiques du mercredi matin où sont décidés les axes stratégiques de la campagne, l’équipe recontacte aussi des anciens de 2007 pour reconstituer les archives des interventions du candidat Sarkozy afin de “savoir tout ce qu’il a promis pendant la dernière campagne”
 
La manipulation
Le candidat sortant attendait beaucoup ce rapport sur la délinquance étrangère. Il l'avait commandé à la fin de l'année dernière à son ancien conseiller Alain Bauer, l'actuel président de l'Observatoire National de la Délinquance (ONDPR). Cela faisait plus de 5 ans (2006) que l'ONDPR n'avait publié de telles statistiques. Même au plus fort de la chasse anti-Roms de l'été 2010, l'institut n'avait rien publié de la sorte, alors que le contexte politique nauséabonds s'y prêtait.
 
Le rapport tombait donc à pic, et ses conclusions également: les étrangers représenteraient 17,3% des mis en cause de crimes et délits (contre 12,8% en 2006). Laurent Borredon, sur son blog, a rappelé les précautions d'usage: (1) il est impossible de comparer ces chiffres avec la part des étrangers en France, puisque le nombre de « mis en cause » intègre les clandestins; (2) les mis en cause ne sont pas nécessairement des
 
Sur Europe1, Alain Bauer expliqua tout de même que les étrangers étaient plus rarement mis en cause sur les atteintes aux personnes. Ils se contentaient de délits de « subsistance » expliqua l'ancien conseiller.
 
La déclaration
20 heures et quelques minutes, le Président-candidat devient candidat-Président. Quelle surprise ! Laurence Ferrari se lance: « avez décidé de vous présenter ? » Le Monarque sourit ou grimace: « oui, je suis candidat à l'élection présidentielle.» Curieusement, il portait un costume noir et une cravate noire. Comme pour un enterrement. 
 
Laurence Ferrari enchaîna : « depuis quand êtes vous candidat ? » Nicolas Sarkozy dut avouer qu'il avait pris sa décision depuis « plusieurs semaines ». Le mensonge avait assez duré. Pourquoi être candidat ?
 
Cette décision, « je l'ai prise parce la situation de la France, de l'Europe et du monde" l'impose, déclare Nicolas Sarkozy. "Ce serait un abandon de poste, un capitaine de navire
 
Sarkozy parla d' « abandon de poste ». La France était le Titanic et Sarkozy son capitaine.
 
Il faut que les Français comprennent 
 
L'hésitation
C'était l'un des points faibles mais majeurs de cette déclaration de candidature. On sait qu'il rêve d'un second mandat depuis le 7 mai 2007 au matin. Mais il fallait avouer qu'il en était autrement ce mercredi soir.
 
Le candidat sortant choisit une voie improbable. Il a promis, encore une fois. « Ce quinquennat ne sera pas conforme au premier. (...) On en a beaucoup fait mais on ne peut pas tout faire en 5 ans ». Il s'est à peine excusé de son bilan. « C'est la crise ».

Il a confié qu'il a hésité, on le croyait plus volontaire. Il était menteur OU hésitant. Au choix.
« J'ai réfléchi parce que je voulais savoir si j'en avais la force. Ce n'était pas une décision automatique ».
 
Il a enfoncé quelques portes ouvertes: « Je crois au travail, à la responsabilité, à la solidarité ». Il tenta de ressortir son hymne au travail, 1 million de chômeurs plus tard: « La base de tout, c'est que depuis 30 à 40 ans, on a dévalorisé le travail. Et mon but c'est de le revaloriser. »
 
Il était candidat, mais il n'osa pas évoquer le nom de François Hollande. Il mentit à deux reprises, en direct et sans contradiction. D'abord sur la croissance économique, elle n'était pas en France « supérieure à l'ensemble des pays européens ». Sarkozy est souvent approximatif, ou il ne comprend pas. Autre mensonge, il accusa sans le nommer Hollande de vouloir créer 60.000 postes de fonctionnaires de plus. C'était dommage d'être aussi caricatural. Hollande avait dit et répéter qu'il n'augmenterait pas le nombre de fonctionnaires. « Je comprends qu'il me critique, mais il n'a pas des idées à mettre sur la table? » Il était mauvais joueur ou bien il n'avait pas lu les 60 propositions du candidat socialiste. Et les autres candidats ? Sarkozy n'eut aucun mot.
 
Le référendum
La presque-surprise fut sa nouvelle et universelle promesse: il voulait « redonner la parole au peuple français par le référendum ». 

«Ça sera une façon pour le peuple de France d’être comptable des engagements que je vais prendre et la certitude pour eux que les grands arbitrages en France seront tranchés par le peuple français»
«Chaque fois fois qu’il y aura blocage, je ferai trancher le peuple français.»

On n'a pas compris. Le Monarque candidat n'avait pas voulu de référendum pour nombre de sujets clivants comme sa réforme des retraites ou la TV sociale. Les députés UMP venaient justement de voter cette dernière mesure.
 
C'était sa façon de parler au « peuple ». Cela fait 4 ans qu'il essaye de faire oublier le yacht, le Fouquet's et les vacances à Marrakech.
 
La seconde manipulation
En apprenant qu'il irait sur le plateau des Glières se faire photographier devant le monument qu'il affectionne tant, on avait craint le pire. 
  Et si, comme à Lavaur il y a 15 jours, il allait réclamer la présence de jeunes enfants du coin pour se faire acclamer ?
  Juste avant, Nicolas Sarkozy visitera une fromagerie en Haute-Savoie. 
  Fantastique.
 

La déception
Quelques ténors et de multiples communiqués de l'UMP furent évidemment laudateurs sur l'intervention du Monarque devenu candidat. Même en coulisses, et parfois publiquement, quelques soutiens s'estimaient déçus. 
 
Nicolas Sarkozy avait raté sa déclaration. Bastien Millot, sur l'émission Des Clics et Des Claques (Europe1), ancien conseiller de Jean-François Copé, ne cacha pas son désarroi.
 
Nous aussi.?
 
Ami sarkozyste, reviens. 

 Juan Sarkofrance

Posté par LG LAGAUCHE à 18:10 - Commentaires [0] - Permalien [#]
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