dimanche 29 juin 2008
Rance télévision
Décidément, le titre de l’album de Carla Bruni-Sarkozy sied à merveille à ce qui se passe dans le PAF. Comme si de rien n’était, la chaîne du parrain du fils d’un certain Nicolas Sarkozy offrira le 11 juillet prochain sa grand-messe à la première dame de France pour qu’elle présente Comme si de rien n’était. C’est dans le besoin qu’on reconnaît ses amis. TF1 est à la peine, au point que Jean-Claude Dassier, le patron de l’info, est contraint d’expliquer dans le Monde qu’il n’y a « ni plan social ni guichet de départs » de prévu et d’assurer que Sarkozy n’est pas derrière l’éviction de PPDA. Mais, échange de bons procédés, Carla, ça peut booster l’audience de la Une et la cote de l’autre. Et, comme si de rien n’était, ce président, non content de multiplier les cadeaux en faveur de ses amis du privé (la seconde coupure du pub et l’assouplissement des règles les régissant représentent 400 millions d’euros !), veut mettre la main sur la seule composante qu’il ne contrôlait pas (ou alors, imparfaitement) : l’audiovisuel public. En matant un Copé dont il a démonté les propositions, Sarkozy veut mettre la télé publique à terre et sous sa coupe. Ainsi, le patron de France Télévisions sera nommé non par le conseil d’administration du groupe, mais par l’exécutif. En clair, par Sarkozy.
Face au tollé, comme si de rien n’était, la ministre de la Culture (celle qui présentera la refonte de l’audiovisuel à la rentrée, elle qui, le jour de l’annonce de la suppression de la pub par Sarkozy, négociait les possibilités pour Radio France d’en avoir plus), assure qu’« il n’y a aucun risque de reprise en main », qu’il est « logique que l’État, actionnaire à 100 %, nomme le dirigeant [de France Télévisions] et que ce soit contrôlé par le CSA et par le Parlement ». Et de marteler qu’il y a « une grande ambition pour le service public ». La grande ambition, c’est de le maintenir sous perfusion. Quand bien même une dotation en capital de 150 millions d’euros au titre de la suppression de la pub doit être versée cette année, la pub a déjà plongé de 26 % sur France Télévisions, qui, en prévision, a demandé l’autorisation d’un découvert, le déficit attendu pouvant être de plusieurs centaines de millions d’euros. Pire ! En demandant la suppression de la pub après 20 heures dès le 1er janvier 2009 (et non comme Copé en septembre 2009), il ne fait qu’aggraver la situation, les programmes de remplacement n’étant ni prêts ni financés !
Qu’importe. Pour Sarkozy, n’évoquant même pas l’indexation de la redevance sur l’inflation et balayant d’un revers de main l’affectation à France Télévisions de celle sur les fréquences radioélectriques, comme la part qui allait à l’INA et à RFI, veut faire payer les chaînes privées (3 % sur leurs futures recettes publicitaires supplémentaires, soit 80 millions d’euros) comme les opérateurs télécom et les fournisseurs d’accès à Internet (378 millions d’euros, issus d’une taxe de 0,9 % sur leur chiffre d’affaires). Comme s’il n’y avait aucun risque que l’Europe ne s’y oppose et comme si ni les chaînes privées ni les opérateurs télécom n’avaient prévenu qu’ils feront tout pour s’y opposer. Et qu’au final ce sont les Français qui paieront. Comme si de rien n’était, Copé aura fait la fête, les membres de la commission, les ardents défenseurs d’une réforme qui leur échappe et Patrick de Carolis sa panoplie de serviteur zélé d’un chef de l’État qui, s’il ne l’a pas encore démis, le met un peu plus… sous tutelle.
Pourtant, est-ce par hasard, a-t-on appris auprès du SNJ, si « à France 2 est en projet la mise en place d’une cellule pour gérer le stress et les tensions psychosociales » ? De plus, hier s’est tenue une réunion pour préparer le comité de groupe qui, mardi, examinera les « conséquences pour le groupe » des annonces sarkozyennes.
Or, pour Marc Chauvelot, du SNRT CGT, « rien de ce qu’il propose ne tient debout. Économiquement d’abord : 450 millions d’euros, sous réserve que les privés et l’Europe donnent leur aval, c’est moins de la moitié de ce que représente la suppression de la pub. Éditorialement ensuite : supprimer la pub après 20 heures, ça veut dire qu’en journée va falloir faire M6 pour attirer la pub et le soir Arte ! Quant aux 140 millions d’économies, un salarié moyen coûtant 60 000 euros (hors licenciement), ça veut dire 2 000 postes en moins. Sachant qu’il y aura 1 000 départs en retraite, il va falloir tailler dans les effectifs. Alors que, dans le même temps, les tâches vont se multiplier ». Et Jean-François Téaldi, du SNJ CGT, d’ajouter : « Les consultations avec Albanel vont commencer dès la semaine prochaine. La mobilisation va donc commencer dès maintenant, tant du côté des parlementaires qu’auprès de l’Europe. » Car, in fine, il est hors de question de faire comme si de rien n’était. En attendant, Nicolas Sarkozy sera l’invité du 19-20 le 30 juin. Comme s’il était déjà chez lui…
Sébastien Homer
mardi 17 juin 2008
Glanage et poubelles sont-elles les deux mamelles de la France libérale ?
Si j'en crois Wikipédia, en "France, pendant le Moyen Âge et l'Ancien Régime, le glanage est un droit d'usage sur la production agricole. Après le ramassage des gerbes de céréales, les enfants, les vieillards, les handicapés, les sans emploi peuvent prendre ce qui reste dans les champs,et ce pendant trois jours et après le lever du soleil.
Organisé en faveur des ruraux les plus pauvres, le glanage est parfois fait par des adultes bien-portants et souvent commence alors que les gerbes sont encore dans le champ ce qui donne lieu à des vols.
Le glanage subsiste encore au XXI° siècle.
On distingue le glanage, qui concerne ce qui reste sur le sol du grappillage qui concerne ce qui reste sur les arbres, les ceps après la cueillette. On glane donc des pommes de terre, des céréales, on grappille les raisins, les pommes, les fruits en général."
Au sud de l'aéroport de Roissy, il perdure aux abords du vieux pays de Tremblay-en-France un certain nombre de terres agricoles où sont en particulier cultivées des pommes de terre. La ferme de Chalmassy (plusieurs centaines d'hectares au total), a une production importante de ces tubercules qui sont mécaniquement ramassés depuis le début de septembre.
Depuis 20 ans que je réside dans ce secteur, je n'avais jamais vu un nombre aussi important de glaneurs et glaneuses.
Ainsi donc, voici très localement, le résultat de la politique de notre beau gouvernement. Le glanage comme élément du revenu du ménage ! Et pourtant on n'est plus au moyen age !
Cela me conduit à rappeler au lecteur la notion de seuil de pauvreté : C'est en fait "le revenu minimum en dessous duquel un individu est considéré comme pauvre". Ce seuil de pauvreté peut être défini en termes absolus, c’est à dire par un certain montant de ressources, ou en termes relatifs par référence aux conditions d’existence jugées indispensables.
Pour ce qui est de la pauvreté, l’'Insee propose la définition suivante : "Un individu ou (un ménage) est considéré comme pauvre lorsqu’il vit dans un ménage dont le niveau de vie est inférieur au seuil de pauvreté". L'Insee, comme Eurostat et les autres pays européens, mesure la pauvreté monétaire de manière relative alors que d’autres pays (comme les Etats-Unis ou le Canada) ont une approche absolue. Dans l’'approche en termes relatifs, le seuil est déterminé par rapport à la distribution des niveaux de vie de l'ensemble de la population. L’'Insee le fixe habituellement à 50% du niveau de vie médian tandis qu’'Eurostat privilégie le seuil de 60 %du niveau de vie médian.
Si j'en crois l'observatoire des inégalités : "Selon la définition de la pauvreté que l’on utilise, la France comptait en 2003 entre 3,6 millions et 7,1 millions de personnes pauvres. Entre 1,5 millions et 2,9 millions de ménages étaient dans cette situation. La part de personnes pauvres serait comprise entre 6 et 12 %."
En 2003, pour une personne seule, le seuil de pauvreté était un revenu mensuel de 645 €. En 2003 le SMIC s'élèvait à 1 215,11 € mensuels sur la base de la durée légale de 35 heures hebdomadaires.
Sur le site de l'UMP, j'ai recherché le mot "pauvreté" dans le projet de ce parti "Proposition pour une France d'après" et en particulier le document : "Une politique sociale pour tous y compris ceux qui ont un travail"
Je vous rassure, je n'ai pas une fois trouvé ce mot !
Parodiant Galilée pourrions nous dire "Et pourtant, ils glanent !"
Quelques liens :
- La pauvreté sur wikipédia : http://fr.wikipedia.org/wiki/Pauvret%C3%A9
- Le seuil de pauvreté en France, sur le site de l'INSEE : http://www.insee.fr/fr/ffc/chifcle_fiche.asp?tab_id=54
- La pauvreté en France sur l'observatoire des inégalités : http://www.inegalites.fr/article.php3?id_article=270
- Le site officiel d'ATD Quart Monde France : http://www.atd-quartmonde.asso.fr/
- Site officiel de l'association Emmaüs : http://www.emmaus.asso.fr/
René Durand
jeudi 29 mai 2008
Peugeot SA : 5 796 euros par jour pour le PDG !
Le groupe Peugeot vient de publier, en vue de l'assemblée des actionnaires, un certain nombre de rapports sur ses comptes 2007. On peut les consulter sur son site internet, et la lecture en est édifiante.
On lit dans ces documents officiels que la mise en œuvre d'un plan d'économies, dans le secteur automobile du groupe (PCA), s'est traduite par une baisse d'effectifs de 4 000 dans le groupe PSA au niveau mondial. Mais en France, il y a eu 8 000 suppressions d'emplois. PSA peut se vanter que les « frais de personnel » PCA ont diminué de 47 millions d'euros. C'est bien plus en réalité, puisque les primes de licenciement - 161 millions d'euros - ne sont pas distinguées des salaires.
Pour les travailleurs, ce sont donc des suppressions d'emplois et des augmentations au compte-gouttes ; mais pour ceux qui exploitent leur travail, tout va bien : le chiffre d'affaires est en augmentation et le bénéfice officiel est de 4 260 euros par salarié PSA dans le monde. En réalité, c'est même près du double si on réintègre dans les bénéfices ce que la direction en a sorti par un artifice comptable. Et les dirigeants, qui justifient les compressions de personnel en expliquant aux travailleurs qu'ils coûtent trop cher, trouvent leur propre valeur inestimable. Ainsi leur rémunération a augmenté de 60 %. Le précédent PDG avait touché, pour le premier mois de 2007, 94 011 euros, soit 2 611 euros par jour. Son successeur, Streiff, a touché lui 1,9 million d'euros pour le reste de l'année, soit 5 796 euros par jour. C'est plus de cinq mois de smic net par jour ! Ajoutons à cela 140 000 stock-options et des jetons de présence. Thierry Peugeot, président du Conseil de surveillance PSA, en a touché pour 457 000.
Si la famille Peugeot paye si bien son PDG, c'est qu'elle en gagne bien plus en tant qu'actionnaire : la famille Peugeot est en effet la première fortune française... de Suisse.
Mais cela ne suffit pas : Streiff propose que l'assemblée des actionnaires l'autorise à racheter (pour destruction) jusqu'à plus d'un milliard d'euros d'actions de l'entreprise, ce qui devrait faire gagner encore plus d'argent aux actionnaires. Il propose aussi de leur verser 351 millions d'euros de dividendes (suspense : vont-ils accepter ?) et souhaite attribuer 2 500 000 stock-options aux dirigeants.
On comprend dans ces conditions que ces malheureux soient aidés par l'État : PCA a bénéficié de près de 33 millions d'euros d'exonérations aux dépens de la Sécurité sociale et sa taxe professionnelle a baissé de 33 %.
mercredi 21 mai 2008
démentélement du service public :vers la privatisation
La suppression des postes dans l'éducation doit être resituée dans son
cadre réel, et non pas dans celui d'une péripétie politique. Il s'agit
en effet d'une démarche politique extrêmement précise et élaborée
visant à aboutir à faire de l'éducation un marché comme un autre dans
le cadre plus large de l'AGCS. D'ailleurs vous aurez probablement
remarqué que le scénario de la casse générale du service public est
toujours le même :
1ere phase : on tire à boulets rouges sur ces" fonctionnaires bien payés à ne rien faire" et ça marche
-2ème phase : sous prétexte d'améliorer la productivité du systéme, on
le prive des moyens de remplir sa mission et on le désorganise.
-3ème phase : on en remet une petite couche sur "ces feignasses de fonctionnaires archaïques qui ne veulent pas se réformer".
- 4ème phase : le fruit est mûr et on peut privatiser.
Tout cela a été parfaitement théorisé et appliqué en Angleterre avec
Thatcher et continué avec Blair avant d'être généralisé en Europe.
Alors, il est urgent que la gauche, la vraie, pas celle qui s'est
prêtée à cette manipulation, se réveille et lutte avec les bonnes armes
et , tout d'abord, démonte systématiquement le discours, le langage
pervers qui conduit à la catastrophe que nous voyons se profiler de
plus en plus précisément. Par exemple, un opposant ne devrait jamais
laisser un journaleux ou un politique employer certains termes sans les
pointer, les expliciter et dire en quoi il les récuse. Ainsi, le terme
de modernité, devenu, par le zèle assidu des larbins néo-libéraux,
prétexte à démolir tout ce qui viendrait du "passé" (la sécurité
sociale , les services publics, l'école publique...etc). De même pour
les mots réforme,équité, retour sur investissement, demandeur d'emploi,
état providence, assistanat ,etc..modifiant en profondeur nos
représentations d'une réalité pourtant elle bien réelle : démolition à
tous les étages
samedi 17 mai 2008
Unité pour résister et transformer !
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Sarkozy et ses amis ne font pas que casser les droits sociaux et les solidarités. Ils travaillent à éliminer toute possibilité d’émancipation. Il faudrait se résigner à vivre dans la jungle libérale, le zoo sécuritaire, un enfer écologique, dans la violence des inégalités et des discriminations.
De nombreuses luttes se développent et convergent : celle des salaires, les retraites, le logement, l’école, la santé... Mais résister ne suffit pas pour construire un autre avenir. Dans presque toute l’Europe, la droite populiste marque des points et la gauche est terriblement désarmée.
En France, là où il faudrait travailler à une vraie alternative politique, chacun cultive son pré carré et le PS poursuit, malheureusement, sa course au centre. Le bipartisme est sorti renforcé des élections locales et, déjà, on nous branche sur la nouvelle compétition de... 2012 !
Rien ne changera sans que s’organisent les citoyens et les forces prêts à affirmer d’autres valeurs, d’autres ambitions, à travailler et à faire vivre ensemble un projet politique de transformation sociale, prêts à converger dans les luttes et dans les urnes, à gagner aussi des points d’appui dans les institutions.
Les bricolages électoraux, les rapprochements ponctuels ne suffisent pas. Après des années de gauche recentrée et d’émiettement de la gauche de transformation, pour inventer une alternative politique, il faut un travail de fond, un processus démocratique, ouvert, déterminé.
Il ne s’agit pas de faire table rase du passé du mouvement ouvrier et des autres formes d’actions collectives. Au contraire, en en tirant le meilleur, en prolongeant les éléments d’alternatives qui s’expriment déjà, organisons avec tous ceux qui le souhaiteront la construction d’un projet et d’une force !
Face à toutes les tentatives de division, assoçions luttes sociales, luttes sociétales et luttes environnementales ! Pour ne pas renoncer à changer l’ordre des choses, construisons des nouveaux rapports entre le social et la politique, entre le mouvement social et les institutions, entre libertés individuelles et émancipation collective !
Une nouvelle force politique doit naître, permettant la rencontre de cultures politiques et des expériences de résistance et de combat. Ecologistes, altermondialistes, trotskystes, communistes, libertaires, féministes, syndicalistes, militants associatifs, innombrables citoyens épris d’égalité et de liberté... notre force sera la construction d’une unité dans le pluralisme. Dans la perspective de réunir des « Etats généraux de la transformation sociale », créons partout des espaces de réflexion et d’action pour résister et pour transformer ! Le chemin sera long ? Commençons maintenant !
jeudi 15 mai 2008
Fonctionnaires: marre de «travailler plus pour gagner moins»

Suppression de postes, manque de moyens et de reconnaissance... L'ensemble de la fonction publique a emboîté le pas aux enseignants. A Paris, ils étaient 18.000 selon la police, trois fois plus pour les syndicats.
«Non au démantèlement du service public.» C'était le mot d'ordre aujourd'hui dans les rangs de la manifestation parisienne qui a rassemblé au départ de la place d'Italie 50.000 à 60.000 fonctionnaires selon les syndicats, 18.000 selon la police. Ailleurs en France, ils étaient 4000 à 6000 à Lille, 4000 à 10.000 à Toulouse, entre 5000 et 10.000 à Lyon, 5000 à Orléans, de 5000 à 8.000 à Rennes...
A Paris, enseignants et
lycéens formaient le gros des troupes, rejoints par des agents de la
fonction publique territoriale, de la santé, de la culture, de la
Poste...
Au fil du cortège, plutôt calme, slogans et pancartes affichent
l'éventail des motifs de contestation: «Elèves et profs trahis»,
«Séisme dans la culture», «travailler plus pour gagner moins», «Les
Lettres aux oubliettes», ou même «Non aux OGM».
«Les choses peuvent encore changer à la rentrée»
Première raison de la colère: les 11.200 suppressions de postes dans
l'Education à la rentrée. Moins de profs, cela veut dire, dénoncent les
enseignants, des classes surchargées à la rentrée, des options qui
passent à la trappe, la disparition des demi-groupes en cours de
langue... François Barny, qui enseigne les maths à Savigny-sur-Orge
(91), est catégorique: quoi qu'en dise le ministre Xavier Darcos, il y
a «une réelle différence» entre une classe à 35, comme il en a aujourd'hui, et une classe à 32 comme c'était le cas il y a quelques années. «A 35, on ne peut pas faire de suivi individuel. Si certains ne suivent pas, tant pis.»
Son lycée devrait perdre cinq postes à la rentrée, mais les enseignants ne désespèrent pas. «On a déjà récupéré trois postes en se mobilisant. Les choses peuvent encore changer à la rentrée, veut croire Claire Bonhomme, la prof d'histoire-géo. Quand
les parents découvriront que leurs enfants n'auront plus de prof
pendant trois mois faute de remplaçant ou pas accès à certaines
options, la grogne risque de monter.»
Pour les enseignants du primaire, le mécontentement porte surtout sur
les nouveaux programmes, jugés rétrogrades par nombre d'entre eux. «On privilégie le par cœur au détriment de la réflexion et de la compréhension des enfants», regrette Camille, professeurs des écoles dans le XVIIIe arrondissement, en CE1 et CE2 «avec 32 élèves par classe».
Face à la fermeté du ministre de l'Education, elle avoue ne pas espérer
grand chose de cette manifestation mais persiste à venir «pour le symbole».
Aux côtés de leurs profs, les lycéens sont fidèles au poste après deux
mois de mobilisation. Certains accusent tout de même un léger
découragement. «A cause des absences, on a décidé de ne plus venir qu'aux grosses manifs», explique Laura, en 1ère ES à Arpajon (91). «En
plus, les terminales et les BTS ne peuvent plus venir à cause des
épreuves. Ce qu'il faudrait pour faire bouger le gouvernement, c'est
une énorme manif, que tout le monde s'y mette», ajoute-t-elle sans trop y croire.
Sous-effectif
Suivent dans le cortège des groupes de fonctionnaires en ordre
dispersé, qui plaident d'une manière générale pour la défense de leur
statut et de leur mission de service public. Comme ses chargés d'étude
à l'Insee, inquiets du risque de privatisation d'une partie de leur
activité, «ce qui mettrait en danger la neutralité que doit avoir notre institution». Ils dénoncent aussi l'augmentation de la facturation des études de l'Insee -«seules les régions les plus riches pourront payer des statistiques»- et la baisse des effectifs alors que la charge de travail est croissante.
Ou ces bibliothécaires de la Bibliothèque nationale de France qui dénoncent eux aussi la baisse de leurs effectifs: «La
charge de travail allant croissante, on accumule les retards, ce qui
pénalise les usagers et génère des situations de tension.»
Prochaines grosses manifestations vue: le 18 mai pour les enseignants
et le 22 mai, journée d'action interprofessionnelle pour les retraites.
Il y aura l'école de la réussite et celle de l'échec
La manif des fonctionnaires démarre à 14h30. En tête les profs,
soutenus par les lycéens. Bruno, Eva, Irène, les deux Simon, Florian,
directeur d'école, lycéens, profs, ils et elles disent pourquoi ils sont en grève.
«Des classes de langue à 35, c'est impossible». C'est pourtant ce qui risque d'arriver au lycée Gambetta de Tourcoing l'an prochain, si Florian Berche, responsable nordiste de l'UNL, élève dans l'établissement, a bien fait ses calculs. On annonce cinq suppressions de postes, «alors qu'en S on est déjà 35 par classe».
«On met en difficulté ceux qui ont du mal à suivre», ajoute Simon en terminale S au lycée Picasso, dans le quartier populaire de la République, à Avion. Pour l'instant, ils sont 27 dans sa classe. «En TP, à 14, on est limite, le prof n'a pas toujours le temps de voir chacun». Avec le projet de supprimer une première S, il a calculé que ses collègues seront 38 l'an prochain. L'autre solution, c'est s'inscrire au lycée Condorcet de Lens, «mais ça veut dire quitter la maison à 7h et rentrer à 19h, et puis manger à la cantine, toutes les familles n'ont pas les moyens».
«Arnaque». «Cela fait cinq ans qu'on se chope les plus grosses suppressions de postes dans l'académie, alors qu'on a les plus bas résultats de France», dit un autre Simon, professeur d'histoire-géographie à la cité scolaire Emile-Zola, à Wattrelos. «Dans l'académie du Nord, 2/3 des suppressions sont liées à une baisse d'effectifs. C'est un raisonnement statistique, qui ne me paraît pas logique car on pourrait en profiter pour mener une vraie politique pour les collèges ambition réussite, qui ont un encadrement insuffisant. Mais ce que je n'admets pas, c'est qu'il y a un tiers des suppressions qui est lié à la politique de Sarkozy de dégager des heures supplémentaires.
Dans mon lycée, deux postes sont supprimés, soit 36 heures. Mais cent heures ont disparu. On va compenser la différence avec énormément d'heures supplémentaires, et en ratiboisant de ci, de là. Ces heures sup, c'est une arnaque financière. Elles sont moins bien payées que nos heures normales : 50% moins cher la première heure et 40% les suivantes. Surtout qu'une heure supplémentaire, ce n'est pas qu'une heure de travail, il y a tout ce qui va avec et qui fait le métier de professeur : la préparation des cours, la correction des copies, la rencontre avec les parents... Quand un professeur fait ses dix-huit heures de cours par semaine, cela correspond à 39 heures de travail, selon le ministère de l'Education nationale. Je refuse de faire ces heures supplémentaires car si j'accepte, cela va se payer sur la qualité des cours,je ne vois pas comment tu peux assurer le même suivi.»
Bruno Robin, directeur d'école à Flines-lez-Raches, près de Douai, et secrétaire départemental de la FSU est d'accord : «Un directeur d'école primaire est payé pour 27 heures de cours, mais travaille en moyenne 45 heures. Très peu d'enseignants accepteront la surcharge de travail des heures supplémentaires». Pour lui, l'avenir qui se construit avec les suppressions de postes, c'est «l'école de la réussite d'un côté et de l'autre celle de l'échec».
«Fainéant». Eva, professeur remplaçante en philosophie, approuve ce constat. Dans l'un des établissements où elle intervient, le lycée professionnel Gustave-Eiffel à Armentières, «en cinq ans, ce sont cinquante postes qui ont disparu. D'accord, c'est un gros bahut, avec 200 professeurs, mais ce sont des sections qui vont disparaître. Et cela va retomber sur qui ? Sur les élèves, qui auront encore moins le choix, qui devront aller à cinquante kilomètres pour avoir la formation qui les intéresse.» Ce qui la touche aussi, c'est que «la reconnaissance de notre travail, on ne peut pas dire que c'est le cas. Avant, l'instituteur, c'était une personnalité ; maintenant, le professeur, c'est un fainéant.» Alors qu'elle passe plus de 40 heures par semaine hors de chez elle, en assurant des remplacements dans trois établissements différents, à Armentières, Roubaix et Wattrelos.
Ric-rac. Pas de poste en moins cette année dans le collège d'Irène, prof de français à Lys-lez-Lannoy, près de Roubaix, mais il sera touché, «par ricochet. Des collèges voisins perdent des postes, des élèves vont arriver chez nous, les effectifs vont grimper». Elle a des classes à 29, «trop pour le collège», et une seule conseillère principale d'éducation pour 700 élèves. Le pire : impossible de s'occuper de l'absentéisme. «C'est ce que je ressens le plus durement. Les élèves qui décrochent, on ne fait pas grand chose pour les raccrocher. On est tellement ric-rac». Et puis il y a ceux qui sont là, mais éteints. Elle a découvert certains de ses élèves cette semaine : les effectifs avaient baissé à cause d'un voyage. «Tout le reste de l'année, on gère ceux qui posent problème, et ceux qui prennent la parole. Les élèves refermés, notamment à cause de la montée de la violence, on les découvre». Prof principal, elle est «assaillie» par les problèmes de discipline. «Je me dis, "j'ai une heure, je vais corriger des copies", je ne peux pas. Il faut téléphoner à des parents, régler des problèmes de vol de portable, d'élèves qui sèchent les cours, cachés dans l'établissement, de conflits avec des profs ou entre élèves». Le nombre d'élèves? : «Ce n'est pas les quatre copies à corriger en plus, le problème», elle est sûre qu'elle fait déjà plus de 40 heures. «Il y a des enfants qui ont besoin d'une vraie relation pour apprendre. Elle n'existe pas si ils sont nombreux. On perd des enfants comme ça».
Propos recueillis par S.M et H.S.
samedi 10 mai 2008
Pendant que Sarkozy s’amuse, ses amis patrons délocalisent
Nicolas Sarkozy, Discours à Metz (17/04/07)
« Je veux être le Président qui mettra tout en oeuvre pour faire obstacle aux chantages à la délocalisation. »
Bernard Arnault, 7e homme le plus riche du monde, qui détient un peu plus de 42% de LVMH, un patrimoine personnel de 26 milliards de dollars et qui a perçu 4 058 277 euros en 2006, met sur le carreau 147 salariées de l’usine ECCE de Poix-du-Nord pour délocaliser la production des costumes Kenzo en Pologne (1).
L’ami Dassault envisage de ne pas remplacer 150 départs naturels environ en 2008 et recherche de nouveaux sous-traitants en zone dollar. Dassault Aviation avait annoncé début décembre qu’il présenterait en janvier un plan de délocalisation "pour restaurer la compétitivité du groupe face à la baisse du dollar". Selon le PDG de Dassault Aviation, Charles Edelstenne, les chaînes d’assemblage et les activités de haute technologie seraient maintenues en France mais "en dehors de cela, tout peut être délocalisé" avait-il ajouté. "Nous pouvons transférer certaines fabrications d’éléments de structures. Il en va de même pour certaines tâches dans les bureaux d’études, aujourd’hui entièrement réalisées en France. On peut imaginer installer dans des pays à bas coûts des activités non stratégiques", poursuivait-t-il. (2)
Quant à l’ami Lagardère, actionnaire d’EADS, il devrait voir ses profits conséquemment augmentés grâce au plan de réduction d’effectif d’Airbus (plan Power8) et à une politique d’acquisition de sites en Asie et aux USA. Le président d’EADS Louis Gallois a présenté aujourd’hui à la presse son plan stratégique baptisé « Vision 2020 ». « Notre objectif principal, ce sont les USA et l’Asie » L’avionneur affirme aussi qu’il « était toujours à l’affût d’acquisitions de moyenne taille aux USA ». « Nous devons profiter des opportunités. C’est le bon moment, le dollar est faible », a confirmé Louis Gallois. Malgré les retards de l’A380 et l’euro fort, 2007 aura été une année faste pour l’avionneur européen. EADS l’a terminée avec une trésorerie de plus de 5 milliards d’euros (3).
Quant au groupe finlandais Amer Sports, propriétaire des marques Salomon, Atomic, ou encore Wilson, a annoncé jeudi son intention de mettre fin à la production de skis en France, de supprimer 400 emplois dans le monde en 2008, dont 284 dans l’Hexagone et de délocaliser la production dans les pays de l’Est. Une mauvaise nouvelle pour les sites historiques de Haute-Savoie, Rumilly et Annecy, qui emploient 1 500 salariés. Le premier va être fermé, et le second, où se trouve le siège de Salomon "va devenir le centre de compétence pour les chaussures de ski, les chaussures et les fixations de cross-country (ski de fond), les vêtements, les chaussures et les cycles", précise le communiqué. Sur les 284 suppressions de postes envisagées, 250 concernent le site de Rumilly, et 34 celui d’Annecy. (4)
Enfin, la suppression de 700 emplois sur le site lorrain d’Arcelor-Mittal, à Gandrange (Moselle), a été confirmée vendredi lors d’une réunion du conseil d’administration, affirme vendredi soir le quotidien gratuit luxembourgeois L’essentiel dans son édition internet. "Seuls survivront le centre de recherche et le laminoir à fil. L’aciérie électrique va fermer, ainsi que le laminoir lourd." Le site de Gandrange a été vendu en 1999 pour le franc symbolique à Lakshmi Mittal qui est devenu entre-temps le patron d’Arcelor-Mittal et le premier aciériste mondial (320.000 salariés) (il est aussi le 5e homme le plus riche du monde avec un patrimoine de 3é milliards de dollars). Au troisième trimestre 2007-2008, Arcelor Mittal a enregistré un résultat net de 2,96 milliards de dollars (2,155 milliards d’euros), en progression de 35,6 %. Dans un entretien publié jeudi par le quotidien allemand Frankfurter Allgemeine Zeitung, Lakshmi Mittal disait s’attendre à ce que la demande d’acier reste élevée en 2008 (5).
(1) Ecouter les émissions de « Là-bas si j’y suis » : Un costard pour le roi du luxe (1) du jeudi 3 janvier 2008 et Un costard pour le roi du luxe (2) du vendredi 4 janvier 2008
(2) Voir le blog finance, 9 janvier 2008. Dassault : baisse de l’emploi et délocalisation pour 2008
(3) Usine nouvelle, 10/01/2008, EADS présente sa « vision 2020 »
(4) Le JDD, 11/01/08, Ski : Salomon quitte la France
(5) Metro, 11/01/07, ArcelorMittal : suppression de 700 emplois en Moselle confirmée
vendredi 2 mai 2008
Entre l’école des marchands et l’École des pédagogues : quelle École voulons-nous ?
Le 1er juin 2008
Pour peu qu’ils soient attentifs à la politique éducative, les Français doivent commencer à perdre totalement leurs repères. Chaque matin, en effet, ils se lèvent avec une école différente de celle avec laquelle ils s’étaient couchés...

Après les coups médiatiques sur Guy Môquet, la Shoah et l’esclavage, ils se demandent ce que le président de la République va bien pouvoir inventer : une journée Clovis dans les maternelles, la lecture obligatoire des attendus du procès de Louis XVI à l’entrée au collège, la récitation du discours de Lamartine sur le drapeau français en seconde, un hommage obligatoire à Louis Papin dans tous les lycées professionnels ? Rien de cela, d’ailleurs, ne serait totalement absurde ! Mais cette juxtaposition n’aurait d’autre sens que de faire croire à la possibilité d’une éducation réduite à des commémorations. Comme si l’inscription dans une histoire et l’enracinement dans une tradition porteuse d’avenir pouvaient se réduire à des injonctions ! Il faut un vrai travail pédagogique en profondeur qui ressaisisse tout cela, fasse émerger les valeurs fondatrices et les relie avec ce qui se vit dans la classe. Il faut des professeurs qui puissent incarner, dans les exigences quotidiennes de l’École, un rapport exigeant à la justice, à la vérité, à la résistance aux préjugés. Il faut des adultes qui tiennent parole dans des établissements à taille humaine, avec des institutions lisibles et équitables : loin des coagulations d’élèves indifférenciés qui errent dans des couloirs anonymes, voient fondre sur eux des orientations trop prévisibles et ne rencontrent que des interlocuteurs si occupés à remplir des enquêtes administratives qu’ils n’ont plus de temps pour les écouter…
Mais, nous dit-on, on y travaille. Et, effectivement, la réformite est à l’œuvre. Après la suppression progressive de la carte scolaire, après l’amputation de deux heures de la semaine scolaire et « le recentrage sur les fondamentaux » à l’école primaire, après la publication annoncée des résultats des évaluations des écoles sur Internet dès la prochaine rentrée, après l’annonce de la mise en place d’un « lycée à la carte » et de la suppression de l’année de formation professionnelle des enseignants, après la création d’une agence de remplacement des enseignants faisant appel à des personnels non fonctionnaires, on se demande bien ce que le ministre va encore inventer ! Mais rassurons-nous, le collège qui, nous dit-on au ministère, va très bien, ne risque pas d’être touché : la gare de triage continuera à fonctionner avec la même efficacité ! Un bon tiers des élèves continuera à s’y perdre dans les dix-huit premiers mois, incapables de s’y repérer, d’organiser leur travail, de préparer leur avenir…
« Maintenir le cap des réformes » fonctionne ainsi aujourd’hui comme une formule magique, permettant de donner aux Français le sentiment qu’on s’occupe de leur École. Certes, on s’en occupe, et de manière systématique. Mais comment ? En inscrivant cette École dans la logique marchande dont il faut tenter de comprendre le fonctionnement.
Le principe : on améliore la qualité de l’éducation en mettant en concurrence les acteurs – professeurs et cadres éducatifs –, les établissements – du premier et du second degré, au sein de l’enseignement public comme entre l’enseignement public et l’enseignement privé – et les institutions – l’Éducation nationale, les collectivités territoriales, les associations.
La conséquence : l’État n’a pas à garantir la qualité du service public, mais doit se contenter de faire jouer les rivalités. Ce qu’on nous présente ici comme le fin du fin de la modernité n’est, en réalité, que le ripolinage de la vieille formule de Mandeville (1670-1733) dans la Fable des abeilles : « Les vices privés font les vertus publiques ».
La méthode : pour accorder le vieux libéralisme à la montée des individualismes, le pouvoir politique doit développer une technocratie évaluative. Il faut fixer des standards, multiplier les tests de toutes sortes, rendre publics les résultats et laisser les parents – dont on fait ainsi des « consommateurs d’école » – développer leurs stratégies personnelles afin de trouver les meilleurs établissements pour leurs enfants.
Le point d’appui : quand les parents ne sont pas contents de ce qu’ils vivent dans une école, de la manière dont ils sont écoutés et pris au sérieux, de l’encadrement et de l’accompagnement de leurs enfants, au lieu de s’impliquer et de militer pour améliorer la situation, ils sont simplement invités à changer d’établissement.
Le gain : plus besoin d’investir dans notre École, ni même d’en former les enseignants car le marché stimule les initiatives et permet d’optimiser le rapport qualité / prix. Plus besoin, non plus, de financer des aides et des dispositifs spécifiques pour permettre aux acteurs de faire face aux difficultés qu’ils rencontrent : on se recentre sur « le cœur du système » – les classes et les cours « normaux » – et l’on réduit drastiquement tout le reste.
L’implicite : il y aura des gagnants et des perdants, tant du côté des familles que du côté des élèves et des enseignants. Mais, après tout, il en a toujours été ainsi. Et, de plus, l’État, dans sa volonté de soutenir les efforts méritoires, organise la concurrence entre les exclus afin de désigner ceux et celles qui pourront échapper aux ghettos dont ils sont originaires.
La justification : il faut bien que la réussite se mérite d’une manière ou d’une autre. Une École où tout le monde réussirait et serait capable d’accéder aux fondamentaux de la citoyenneté se discréditerait vite aux yeux de ceux – majoritaires, dit-on – qui sont persuadés que le petit nombre des élus garantit la béatitude au paradis. Le « socle commun » ne garantit qu’une insertion a minima ; en le distinguant des objectifs de la scolarité obligatoire, on a institué l’école à deux vitesses dès le plus jeune âge.
La pédagogie : on n’en a pas besoin, car ceux qui ne peuvent ou ne veulent pas apprendre, c’est leur problème. Ainsi le « pédagogisme » est-il stigmatisé pour son obstination à poser des questions impertinentes. En affirmant qu’il ne suffit pas d’enseigner pour que les élèves apprennent, il fait entrer en compte des variables ni quantifiables ni mesurables : le sujet et son désir, la capacité de l’École à instituer le premier et à susciter le second.
Le corollaire : face aux rancoeurs de ceux qui se sentent abusés ou humiliés, il faut développer un discours autoritariste qui les assigne à une sage résignation. En effet, le discours sur l’égalité des chances a engendré des espérances très largement déçues. Les élèves en échec, de victimes, se retrouvent coupables et, incapables de métaboliser leur exclusion en militantisme social, syndical ou politique, s’expriment par la violence ou les replis identitaires qu’il faut réprimer.
L’avenir : il se conçoit à partir de la vision libérale de la dette, sans aucune considération pour les coûts sociaux à moyen et à long terme de l’échec scolaire. La notion d’investissement est rabattue sur une vision productiviste à court terme. On fait la même erreur que celle qui, en matière d’écologie et d’environnement durable, compromet l’existence de notre planète. Mais, ici, il ne s’agit plus de se demander quel monde nous laisserons à nos enfants – ce que, malheureusement, nous savons –, mais quels enfants nous laisserons au monde – ce qui reste notre dernière responsabilité.
La prévention : dans la conception du libéralisme technocratique et autoritaire, c’est une illusion soixante-huitarde car, par définition, on ne peut pas en mesurer les effets immédiats. Puisque prévenir, c’est empêcher des choses d’avoir lieu, on ne trouve jamais de « raison objective » capable d’en justifier la dépense. La prévention, en effet, ne peut relever que d’un choix politique volontariste, d’un pari sur le futur irréductible à toutes les arguties comptables.
Face à cette logique d’une extrême cohérence, il convient, plus que jamais de travailler à une alternative crédible. Il nous faut une École où l’État garantisse que les missions de service public de tous les établissements sont bien assurées. Une École qui associe véritablement les professeurs et les familles à la définition de l’intérêt collectif. Une École qui promeuve l’inventivité pédagogique au service de tous les élèves. Une École qui promette à ceux qui s’y investissent, quelles que soient leurs origines, des satisfactions intellectuelles de haut niveau. Une École ambitieuse. Une École pour la République et la démocratie.
lundi 10 mars 2008
la gauche à la dérive?
Un PS à la dérive? Un PC déjà mort depuis longtemps? Tout du moins, c'est ce que les médias nous racontent, mais au bout du compte, ça dépend quand même où. Il y a quelques mois, j'entendais tout le monde parler d'une gauche désunie, résultat, je vois plein de listes unitaires de gauche un peu partout, comme à Lyon, où je vis, et où Gérard Collomb (PS), vient d'être réélu. Et bizarrement, on trouve aussi plein de radicaux de gauche, de verts, de communistes. Un PC déjà mort depuis longtemps? Ca dépend où on vit. Rappelons que dans certaines banlieues lyonnaises, il se porte toujours comme un charme. Vous connaissez sans doute Vénissieux, territoire d'André Gérin, le "dernier stalinien du Rhône", qui ne se porte pas mal du tout, du haut de sa double casquette de député maire fraichement renouvelée. Mais d'autres communes, comme Vaulx-en-Velin, Givors, et Pierre-Bénite, pour rester cantonné à la banlieue lyonnaise, sont elles aussi d'un rouge bien vif. Etant normand, je m'intéresse aux résultats de ma région natale, et j'ai pu constater certains faits. Alençon, ma ville natale, qui était jusqu'ici une petite ville plutôt bourgeoise, vient d'élire un socialiste dès le premier tour. En Haute-Normandie, Dieppe, qui était passée à droite en 2001, vient d'élire un communiste dès le premier tour, et le Havre, plus grande commune de Normandie, du haut de ses 190.000 habitants a fait passer la liste communiste au second tour. Un PC mort depuis longtemps? Pas sûr.
Pour conclure, un ami étudiant en histoire me disait dernièrement que ce qui explique l'effondrement d'un système politique, la plupart du temps, c'est son incapacité à répondre aux besoins du peuple. Plus l'UMP s'obstinera à se couper du peuple, et à concentrer les pouvoirs en un minimum de mains, plus elle perdra la confiance du peuple. Mais dans n'importe quel régime politique, que ce soit une démocratie, une monarchie absolue ou une dictature, il n'y a pas de régime solide sans peuple pour le soutenir.
Skohl (Etudiant à Lyon)





