vendredi 5 juin 2009
Le Front de Gauche se sent porté par une vague
"La marée monte". Jean-Luc Mélenchon en est convaincu et ses troupes,
très mobilisées dans le Sud-Ouest, aussi. C'est même devenu le
leitmotiv de la fin de sa campagne. La preuve ? D'abord la vingtaine de
meetings et les centaines de réunions publiques tenues dans les villes
et les villages de ce Sud-Ouest des "camisards" qu'il a sillonné.
"Les militants du PCF et du Parti de gauche tiennent les murs ici",
assure Christophe Chimel, militant du Parti de gauche dans le Lot. Ce
sont aussi ces mots d'encouragement des syndicalistes "qui viennent en
nombre" et glissent à l'oreille du sénateur de l'Essonne : "Change pas,
reste comme tu es".
Ce sont bien sûr les sondages qui mettent dorénavant les listes du
Front de gauche au coude à coude avec le NPA (6 % à 7 % selon les
instituts). C'est encore son "bonheur" de faire campagne avec les
communistes qui "se sont crevés pour les autres si longtemps". Il y a
bien eu quelques couacs dans la configuration des listes et des
"petites engueulades de préséance locale" mais, il le jure, "c'est un
bonheur de faire campagne avec eux".
Mais c'est surtout de voir les réactions des militants socialistes :
"Je sais que beaucoup vont voter pour moi et leur direction le sait
aussi qui reprend maintenant mes slogans comme le “bouclier social” ou
“le nouveau front populaire”."
"UN POINT D'APPUI POUR LA SUITE"
Cet intérêt des socialistes, les sondeurs l'ont noté. "Le fait de
battre l'estrade à plusieurs crée un sentiment d'unité et attire les
électeurs socialistes", remarque Jérome Fourquet de l'institut IFOP.
Le sénateur de l'Essonne qui a passé tant d'années à batailler à
l'intérieur du PS, se dit "libéré". "Le plus dur est fait. Je ne
voulais pas qu'on soit ridicule. J'ai fait comme Oskar Lafontaine : ce
que nous avons construit sera un point d'appui pour la suite et nous ne
serons plus ficelés aux strapontins du PS", se réjouit-il.
Mais il n'est pas le seul. Mercredi 3 juin, à Toulouse, lors du plus
gros meeting que le Front de gauche ait tenu, quelque 3 000 personnes
sont venues l'acclamer, lui et ses désormais "inséparables"
Marie-George Buffet et Christian Picquet. Et maintenant c'est au-delà
des élections européennes que leur regard se porte.
"Je suis convaincue qu'il n'y aura pas d'alternative en France comme en
Europe sans ce rassemblement qui prend le chemin des urnes pour
redonner une perspective politique", a lancé la numéro un du PCF. "Nous
avons recréé un peu de cette chaleur fraternelle qui a été le carburant
de notre campagne du "non" de gauche en 2005. Nous avons fait passer
l'intérêt du peuple de gauche avant toute autre considération
politique", a insisté M. Picquet, porte-parole de la Gauche unitaire
(ex-NPA).
Répondant aux appels à voter utile lancé par les ténors du PS, Jean-Luc
Mélenchon a balayé l'argument. "Dans le Sud-Ouest comme en
Ile-de-France, si l'on en croit les sondages, le dernier siège en
balance est entre l'UMP et le Front de gauche. Alors, arithmétiquement,
le vote utile c'est nous !", a-t-il affirmé.
Puis il s'est adressé à ses "camarades et amis socialistes" : "Reprenez
d'abord la conviction avant l'étiquette. Aidez-nous, nous avons besoin
de vous pour remonter une gauche de combat." A la sortie, Nathalie
Metché et Guy Nickles, deux employés municipaux CGT, anciens du PCF,
sourient : "On a connu des meetings où on s'ennuyait. Ces trois là se
complètent bien, ça redonne envie de militer."
Sylvia Zappi
