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23 septembre 2005

« Vous avez pris la parole, gardez-la ! »

bastille2

Comment continuer après la victoire du 29 mai ?

N’a-t-il pas été dit à juste titre, par diverses sensibilités de gauche, que la victoire du « non » revêtait et révélait quelque chose d’historique ? [...]

Et le plus historique en fin de compte n’est-il pas que la réconciliation entre liberté de l’individu et besoin du collectif est en train de faire irruption à grande échelle dans la façon de faire de la politique. C’est ce qui a été à la source de la dynamique et de la victoire ; c’est cette façon nouvelle qui, à l’étonnement quasi général, a résisté aux moyens démesurés de la campagne adverse. Comment interpréter le fait que selon les sondages sortis des urnes 4 % seulement de nos concitoyens ont dit avoir défini leur position en fonction de celle du parti auquel ils font d’habitude confiance ? Cela ne veut évidemment pas dire que les partis et les mouvements qui se sont tellement impliqués dans cette campagne aient été inutiles.

Mais aux côtés de dizaines de milliers de militants expérimentés, membres de partis ou de mouvements, qui ont d’ailleurs souvent contribué à proposer des cadres unitaires avec les collectifs pour le « non », des centaines et des centaines de milliers de personnes sont devenues des militants du « non ». Des militants qui ont été chercher de l’information, produit de l’argumentation, transmis celle-ci, débattu.

Ce grand bazar démocratique que nous avons vécu ne se résume pas aux débats et meetings unitaires. Il y a eu cette floraison de sites Internet, plus de 300 ! Certains ont reçu plus de 30 000 visites par jour et cela pendant des semaines, 2,5 millions de pages d’arguments produites sur le Web, des millions de mails, de SMS, de discussions en famille, à l’usine, au bureau, avec les voisins, les amis. Jamais nous n’avions connu cela. On peut évidemment se dire que ce que nous venons de vivre est tellement historique que cela ne se reproduira pas de sitôt ! On peut aussi se dire qu’une première réponse à la crise de la politique vient d’émerger.

Peut-on imaginer construire la suite de cette aventure sans ces centaines de milliers ou millions de gens en leur envoyant, même involontairement, les messages suivants : « Vous avez été acteurs de cette victoire et bien maintenant redevenez spectateurs, les partis et mouvements vont élaborer leur programme ou même un programme commun et choisir leur candidat ou même un candidat commun et ce sera alors à vous de jouer ou plus exactement de voter. » S’il en allait ainsi, la dynamique s’évanouirait encore plus rapidement qu’elle ne s’est construite.

De toute façon une chose est sûre : même un excellent programme et même un ou une candidat(e) farouchement antilibéral(e) et devenant président(e) de la République, s’ils sont nécessaires, ne sont pas suffisants pour changer les choses. Les expériences en France et dans le monde, passées et actuelles, le prouvent.

Comment se donner les meilleures chances d’une politique de gauche qui réussisse ? Si ce n’est en mettant en oeuvre une nouvelle façon de faire la politique, une façon participative où la participation inclut le partage des décisions. On ne peut modifier des rapports de forces défavorables, gagner et changer vraiment que si de bout en bout les salariés et les citoyens sont associés [...]. Il n’y a pas de miracle : pour conquérir quelque chose comme une VIe République il faut être capable de commencer à l’inventer et à la faire vivre dès maintenant en acte dans un processus unitaire de rassemblement qui permette tout à la fois de résister à la violence de la droite, d’élaborer des propositions et de choisir démocratiquement des candidats.

Évidemment se pose une question : est-ce que chacune des forces et des sensibilités qui ont contribué à la victoire du « non » de gauche va faire cela, séparément ou ensemble ?

On ne peut pas oublier que la dynamique et sa victoire procèdent non pas d’une simple addition de forces mais d’un dépassement de cette addition par une véritable alchimie unitaire. Ce sont bien les rassemblements unitaires, les images de ces tribunes inimaginables il y a peu qui ont donné confiance dans le fait que la bataille n’était pas étroitement partisane mais d’intérêt général, antilibérale, pro-européenne, et que l’on pouvait gagner.

Dans cette expérience unitaire aucune force, parti, mouvement n’a perdu son identité.

Au contraire, chacun y a gagné en lisibilité et chacun a beaucoup appris de l’autre et s’en est découvert le plus souvent pas si éloigné qu’il le pensait auparavant.

Le mieux, serait que toutes ces forces, du local au national, se mettent d’accord pour définir un cadre unitaire, souple, évolutif. Un cadre pouvant s’inspirer de l’expérience des collectifs du « non », qui donne confiance à chacun et qui permette que tout le monde, les centaines de milliers d’acteurs du « non » de gauche, principalement mais pas exclusivement, saisissent la chance historique d’un nouveau déclic après le 29 mai, le déclic où on invente, on fait, on décide tous ensemble.

Évidemment au vu du nombre de candidats à la candidature déjà déclarés et du fait aussi de la présidentialisation de la vie politique, il est normal de se poser la question de qui pourrait être la ou le candidat(e) commun(e). On peut penser que lorsque ce sera le moment dans le cadre d’une véritable dynamique, nous tous dans notre diversité, nous saurons choisir relativement facilement celle ou celui qui réunira le plus d’avantages pour mener et gagner cette bataille. On peut penser qu’il en irait de même pour les autres élections qui suivront dans la foulée, les législatives, les municipales et cantonales, les sénatoriales. Un tel processus serait aussi un atout vital pour le renouvellement, la féminisation, le rajeunissement de la vie politique avec des élus à l’image de la diversité populaire.

Nous, comme militantes et militants communistes, nous aimerions que le communisme de notre parti, c’est-à-dire sa volonté de mise en commun, s’exprime dans ce sens. Il en a déjà pris le chemin ces derniers mois. Raison de plus.

Par Isabelle Lorand, membre du Conseil national du PCF, et Jacques Perreux, conseiller général (PCF) du Val-de-Marne.

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