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la gauche
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5 juin 2007

Continuer, garder le cap, faire plus et mieux pour construire l’alternative à gauche !

 

la_gauche_antiliberale

Paysage après la bataille

L’élection de Sarkozy est pour le camp progressiste une défaite plus sévère que les précédentes (95, 2002) car elle intervient à l’issue d’une séquence politique où la droite au pouvoir avait subi une impressionnante série de désaveux dans les urnes (régionales 2004, referendum sur le TCE en 2005) et dans la rue (quasi grève générale contre la loi Fillon sur les retraites en 2003, mobilisation victorieuse contre le CPE en 2006). Que cette séquence politique s’achève par l’élection de Nicolas Sarkozy est un échec particulièrement cuisant. La droite, promise à la défaite, a su s’unifier derrière un leader qui a réussi à capter le désir de « rupture » à travers un projet de « sortie de crise » combinant habilement ultra-libéralisme économique, nationalisme, populisme social et autoritarisme.

Mais ce succès politique de la droite est aussi - et peut-être avant tout - le résultat de l’incapacité de la gauche à proposer un projet de changement convaincant aux électeurs. Incapacité bien sûr du Parti Socialiste dont la campagne a été à la fois inconsistante, confuse et droitière (parfois plus que celle de Bayrou). Mais aussi incapacité de la gauche antilibérale à se rassembler autour d’une candidature commune porteuse d’une alternative politique crédible au social-libéralisme incarné par Ségolène Royal dans cette élection. La division de la gauche antilibérale a laissé le champ libre au vote « utile » pour Royal, mais aussi pour Bayrou, elle est une des raisons de l’affaiblissement global de la gauche au premier tour qui a permis la victoire de Sarkozy au second.

Cette victoire crée évidemment une situation plus favorable pour la « normalisation » libérale de la société française souhaitée depuis des années par la classe dominante. Il n’est pas douteux que le futur gouvernement va rapidement exploiter cette situation pour tenter de marquer des points décisifs dans ce sens (réforme du code du travail, service minimum, etc...). Mais il devra pour y parvenir affronter les capacités de résistance au libéralisme que la société française a démontré au cours des dernières années. Et le résultat des inévitables confrontations à venir sur le terrain social n’est pas joué d’avance. Car les victoires électorales, on le sait, ne sont pas toujours annonciatrices de succès sur ce terrain. En 95, Chirac et Balladur faisaient 39% au premier tour, Le Pen faisait 15%, Chirac l’avait également emporté avec 53% des voix au second tour, mais, six mois après, la France connaissait le mouvement social le plus important depuis 68 (grèves de nov/dec 95 en défense de la protection sociale), suivi en juin 97 de la dissolution de l’Assemblée et de la victoire de la gauche aux législatives. Pour les antilibéraux, la première tâche est de combattre la démoralisation et de préparer les résistances dans les syndicats et les associations, car c’est sur ce terrain que s’établiront les rapports de force fondamentaux de demain.

C’est d’autant plus nécessaire que, à gauche, le paysage n’a rien d’enthousiasmant. Les effets de la défaite électorale sur le PS sont d’ores et déjà ravageurs et entraînent les dirigeants de ce parti dans une surenchère droitière dont le choix fait par Kouchner d’intégrer le gouvernement Sarkozy n’est qu’un avatar extrême, mais ô combien significatif de la compatibilité des programmes du PS et de l’UMP. On peut affirmer sans grand risque de se tromper que ce cours droitier va s’accentuer au prétexte de la modernisation du parti soit pour préparer une alliance avec Bayrou, soit pour tenter d’occuper son espace électoral. Même si les dirigeants socialistes chercheront à le masquer par des appels du pied à la gauche antilibérale, comme Ségolène Royal l’a fait entre les deux tours.

La gauche antilibérale, elle, persiste dans la division pour les législatives. Les candidatures véritablement unitaires se comptent sur les doigts d’une main. Le PCF, après avoir tenté de sauver ses députés par un accord avec le PS (qui n’en a pas voulu), joue solitairement son va-tout, tandis que la LCR cherche à capitaliser le score de Besancenot à la présidentielle . Ni l’un, ni l’autre ne donne pour le moment le moindre signe d’une volonté de rassemblement à la gauche du PS. Et le faible score obtenu par José Bové à l’élection présidentielle ne les incite pas à retrouver le chemin d’une union pourtant plus nécessaire que jamais au lendemain de la victoire de Sarkozy.

Résister par tous les moyens au sarkozysme est indispensable, mais ne saurait suffire. On ne peut imaginer renverser vraiment le cours des choses en l’absence d’une alternative politique crédible au libéralisme. Construire cette alternative exige plus que jamais le rassemblement de toutes les forces de la gauche qui n’a pas renoncé à la transformation sociale, de la gauche antilibérale, altermondialiste, écologiste, féministe et solidaire. Un rassemblement qui ne soit pas seulement un rassemblement de partis ou de courants politiques, mais aussi un rassemblement de militants des mouvements sociaux et de citoyens engagés. Un rassemblement qui sache articuler dans un même combat les luttes et les élections, le local et le global, le social et l’écologie, la contestation et la proposition. Un rassemblement qui ait l’ambition de postuler à la relève de la gauche et d’opposer à Sarkozy un projet de changement capable de l’emporter demain.

Avancer dans la voie de ce rassemblement sera l’enjeu des Assises nationales des antilibéraux prévues pour cet automne. Il faut tout faire pour qu’elles réussissent et soient le prélude à l’Epinay de la gauche antilibérale dont nous avons besoin.

Le courant unitaire de la gauche antilibérale doit s’organiser dans la durée

Pour travailler à ce rassemblement de la gauche antilibérale, les militants des collectifs , ceux des anciens CUAL et, plus généralement, tous les antilibéraux unitaires doivent se regrouper et se structurer. Dans des formes souples et variées, mais stabilisées et coordonnées sur le plan local et national. Non pour constituer un nouveau parti, mais pour être à la fois l’aile marchante et le creuset d’une refondation unitaire de la gauche antilibérale. Non pour cultiver un projet autonome, mais pour se donner les moyens de faire vivre l’exigence unitaire dans l’actualité politique. Il est indispensable que ce courant unitaire s’organise et existe dans la durée pour pouvoir prendre des initiatives et mener la bataille unitaire avec un maximum de visibilité locale et nationale. Ainsi que pour poursuivre l’élaboration programmatique et le débat sur la stratégie qui permettra à l’antilibéralisme d’être demain majoritaire dans la gauche et dans le pays.

Autant dire qu’il y a pas mal de pain sur la planche. Mais est-il envisageable de nous résigner à l’alternance perpétuelle du mauvais et du pire ?

Rémy Jean (extraits)

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