Contre la franchise sur les soins
Professionnels
de santé, syndicats, mutualistes et usagers du système de santé ont
tenu une conférence de presse contre la franchise sur les soins, mardi
12 juin, à Paris. Didier Ménard préside le Syndicat de la médecine
générale (SMG).
Pourquoi avoir tenu cette conférence de presse ? Didier Ménard - Pour plusieurs
raisons. La plus importante est que nous sommes des soignants qui
recevons chaque jour des personnes ayant des difficultés d’accès aux
soins, nous sommes donc les témoins pri¬vilégiés de cette inégalité de
santé, dont nous mesurons immédiatement les conséquences. Nous savons
que des personnes risquent d’en mourir. Aujourd’hui, à cause du forfait
hospita¬lier, des personnes accumulent des dettes vis-à-vis de
l’hôpital, et elles refusent d’être hospitalisées quand cela est
nécessaire. Il y a un risque certain de morts d’hommes. Les nouvelles
franchises augmentent ce risque : nous ne pouvons l’accepter. Ensuite,
nous ne croyons pas à l’argumentaire économique de la droite, qui
justifie cette franchise alors que cette mesure ne peut diminuer le
déficit, quand on sait que seulement 5 % des malades consomment 52 %
des dépenses de soins, alors que la franchise frappera tout le monde.
Ces malades ne sont pas des irresponsables ; ils n’ont pas fait le
choix d’être atteint de maladie grave. Le parcours de soins d’un malade
est de plus en plus compliqué, contrai¬gnant, coûteux. En rajouter une
« cou¬che », c’est à coup sûr retarder le moment du soin, ce qui
aggrave la ma¬ladie et, au final, coûte encore plus cher. On voit bien
qu’à l’injustice s’ajoute la bêtise. Enfin, il faut savoir que
l’assurance maladie est incapable de gérer cette franchise, car il
faudra être en capacité de savoir combien gagne chaque assuré. Est-ce
le fisc qui s’occupera du problème ? Dans l’appel, vous dénoncez également la généralisation des dépassements d’honoraires et la création d’un secteur optionnel... D. Ménard - Effectivement, il faut
comprendre le processus dans son ensemble. Pour acheter le vote des
médecins libéraux, le gouvernement a concédé l’ouverture d’un secteur
optionnel, ouvert à tous les médecins, qui permettrait un droit au
dépassement. Quand on sait que, par ailleurs, les médecins en secteur 2
ne se gênent pas pour demander des dépassements excessifs, on voit bien
que le résultat de cela n’est pas seulement une aggravation de la
difficulté d’accès aux soins, avec une médecine pour pauvres et une
médecine pour riches, c’est tout simplement la fin de l’assurance
ma¬ladie solidaire, par la disparition de l’opposabilité des tarifs.
Bienvenue au pays où il vaut mieux être riche et bien portant que
pauvre et malade - c’est la devise de ce gouvernement. Quelles initiatives pensez-vous prendre ? D. Ménard - D’abord, il s’agit de
le faire savoir. Ensuite, c’est une de ses caractéristiques, cette
droite ne cesse de taper sur les couches populaires, en les accusant
d’être les fraudeurs qui fabriquent le déficit de l’assurance maladie.
Nous voulons donc être les témoins parlants de cette oppression. Mais
c’est insuf¬fisant, nous voulons faire reculer l’oppression, et cela
n’est possible que par la mobilisation des assurés sociaux et de toutes
les forces qui n’acceptent pas cette inégalité sociale. Notre
conférence de presse est un premier pas, il faut élargir au plus vite
le front de la résistance. Nous, nous serons là pour témoigner et
servir de relais de mobilisation envers nos patients. En même temps -
c’est indissociable -, nous vou¬lons ouvrir le débat sur le système de
santé que nous voulons construire. • Pétition signable en ligne : http://appelcontrelafranchise.org/
