Après la télé et la presse : le plan Sarkozy pour mater Internet
Nicolas Sarkozy vient de commander un rapport sur « les médias face au
numérique ». Toujours les mêmes recettes : assouplir, favoriser les
concentrations, créer des grands groupes. Le tout enrobé de quelques
poncifs sur le pluralisme.
Dans un premier temps, il y a eu la télé. Nul besoin d'en faire des tonnes : Sarkozy
a juste annoncé la suppression de la publicité sur les chaines
publiques et nommé une commission fantôme dirigée par Jean-François
Copé. Résultat : une manne inattendue pour TF1 et M6.
Des grands groupes multimédias
Acte 2 : le 12 juin, Sarkozy annonce la tenue à la rentrée des états
généraux de la presse, dont on sait pour le moment peu de choses sinon
qu'ils viseront à mettre en application un scénario très sarkozyen de
la restructuration du paysage médiatique français. C'est à dire le
développement de grands groupes multimédias : «
Il est absurde que le groupe Lagardère n'ait pas de télévision et que
Bouygues n'ait pas de groupe de presse écrite. Quant au groupe de
télévision Canal +, il n'est présent qu'en France », confiait le président au Monde dans son édition du 17 juillet.
Lagardère déjà multimédia
Comme le rappelait le syndicat SNJ-CGT dans un communiqué, «
cette affirmation est fausse et choquante : le groupe Lagardère possède
quand même quelques chaînes de télévision de la TNT ; il est aussi l'un
des principaux producteurs audiovisuels. Il est également le premier
groupe mondial de presse magazine. Il est l'actionnaire majoritaire des
NMPP et le propriétaire des Relay. Il a racheté des sites Internet et a
engagé sa mutation vers le multimédia. En revanche, il n'a pas de
grande chaîne hertzienne ». Et le syndicat d'ajouter qu'en revanche le président ne semble guère intéressé par l'idée de «
rétablir une offre pluraliste là où les quotidiens régionaux sont en
situation de monopole, ni d'aider les quotidiens nationaux en
difficulté, mais bien de réviser les seuils actuels de concentration ».
Peu sensibles au discours médisant de ceux qui prétendent que Sarkozy
entend façonner les médias à sa main, les patrons de presse ont plutôt
réagi favorablement à ces annonces. Les rares critiques sont discrètes
et plutôt faiblardes. Ainsi Laurent Joffrin relève-t-il que «
le président évoque essentiellement les grands groupes de communication
et par ailleurs l'inclusion dans un groupe n'est pas toujours une
garantie d'indépendance. Il y a là une petite contradiction à lever ». Le directeur du journal La Croix, Bruno Frappat, s'inquiète lui aussi de cette inclination naturelle du président pour les « grands groupes multimédias » - étrange, en effet - bien qu'il estime que « ces états généraux s'annonce passionnants ».
Qu'en termes galants toutes ces choses sont dîtes.
Le pluralisme.com
Enfin, Sarkozy ne pouvait pas ne pas s'attaquer au numérique. Un
secteur où il s'estime d'ailleurs très maltraité.
Mememotif-memepunition.com serait-on tenté de dire. Ainsi, le président
de la République a commandé à la Secrétaire nationale de l'UMP, Danièle
Giazzi, un rapport sur « les médias face au numérique ». Remis à la
rentrée, il devrait préconiser des mesures pour aider les médias dans
ce nouveau contexte.
Des mesures d'assouplissement sur la concentration
Danièle Giazzi
a dévoilé, hier, ses axes de travail. Les mesures qui seront proposées
à Nicolas Sarkozy auront des objectifs prioritaires: « maintenir et
favoriser le pluralisme de l'information », « préserver les conditions
d'une offre des contenus éditoriaux de qualité », « assurer la
rentabilité et la compétitivité ». Des généralités sympathiques et
incontestables. C'est lorsqu'on aborde la question du « comment ? » que
tout se corse : mettre en place « des mesures d'assouplissement de la
réglementation sur la concentration » et « faire sauter les verrous qui
contraignent aujourd'hui les grands groupes français alors que leurs
concurrents se développent dans des contextes réglementaires plus
propices » !
Bouygues, Lagardère, Bolloré bien servis
En somme, du Sarkozy dans le texte, déclinable à l'infini. Des propos
sans surprise, si doux aux oreilles des Bouygues, Lagardère, Bolloré et
autres industriels qui se sont diversifiés dans le secteur des médias
et que l'on sait si soucieux de favoriser le pluralisme de
l'information...
Régis Soubrouillard